Un faux conseiller bancaire vient de m’appeler : que faire ?

Le numéro qui s’affiche est bien celui de votre banque. Au bout du fil, une voix rassurante vous alerte sur une fraude en cours et vous demande de « sécuriser » votre compte. Vous validez quelques opérations sur votre application… et vos économies disparaissent. Vous n’êtes pas seul, cette arnaque, le spoofing, explose. Voici comment réagir et comment vous faire rembourser.

Les escroqueries par manipulation, dont le faux conseiller bancaire est la figure principale, représentent désormais 32 % du montant total de la fraude aux moyens de paiement en France, et ont progressé de 37 % au premier semestre 2025 par rapport au premier semestre 20241. Personne n’est à l’abri : la technique est redoutablement bien rodée.

Le spoofing est une escroquerie qui consiste à contacter une victime en se faisant passer pour son conseiller bancaire, afin de lui soutirer de l’argent par un ou plusieurs virements. Sa force tient à un détail : le numéro qui s’affiche sur votre téléphone est le vrai numéro de votre banque, usurpé grâce à une faille des réseaux télécoms.

Le mode opératoire :

1. Vous recevez un appel du service de fraude ou de votre conseiller bancaire. Le numéro qui s’affiche sur votre téléphone est le numéro habituel et connu de votre banque.

2. Le faux conseiller vous informe d’une fraude imminente ou déjà réalisée.

3. Une fois la panique installée, il vous communique plusieurs de vos informations personnelles afin de vous mettre en confiance et de vous rassurer sur sa fausse identité.

4. Il vous propose des solutions immédiates : blocage de virements frauduleux, opposition sur la carte, « sécurisation » des comptes — qui nécessitent votre validation sur votre application bancaire.

5. Des SMS ou des notifications sécurisées sont envoyées en provenance apparente de l’établissement bancaire dont l’identité a été usurpée afin que vous validiez ces opérations.

    Résultat : l’escroc subtilise vos fonds avec une apparence de légalité totale, puisque c’est vous qui avez validé les opérations.

    À retenir, même si vous n’êtes pas (encore) victime : un conseiller bancaire ne vous demandera jamais de valider une opération, de communiquer un code de sécurité ou de transférer des fonds « pour les protéger ». En cas de doute, raccrochez et rappelez vous-même votre banque au numéro figurant sur votre carte.

    – Faites immédiatement opposition à votre carte bancaire,

    Modifiez tous vos mots de passe liés à vos services bancaires

    – Conservez toutes les preuves (SMS, appel téléphonique, etc.

    Informez votre banque par écrit de la situation (mail ou courrier sécurisé via votre application bancaire ou votre compte personnel sur le site internet),

    – Demandez à votre banque d’engager une procédure de RECALL c’est-à-dire à un retour des fonds versés sur un compte litigieux. Attention : ce rappel dépend de l’acceptation de la banque réceptrice des fonds.


    Vous devez signaler la fraude votre banque sans délai. La loi vous laisse un délai maximum de 13 mois à compter du débit pour la contester (article L.133-24 du Code monétaire et financier), mais plus vous agissez vite, plus vos chances de récupérer les fonds sont élevées.

    Le principe est clair : en cas d’opération de paiement non autorisée, la banque doit en principe rembourser son client (article L.133-18 du Code monétaire et financier). Elle ne peut s’y soustraire qu’en prouvant une négligence grave de la victime (article L.133-19).

    Et c’est là que se jouent la plupart des litiges, car les banques ont fortement tendance à refuser le remboursement en invoquant cette négligence. Depuis la loi du 16 août 2022 sur la protection du pouvoir d’achat, les établissements qui ne remboursent pas immédiatement les victimes de fraude s’exposent à des sanctions.

    C’est le cœur du débat — et la jurisprudence a évolué dans un sens favorable aux victimes.

    Dans un arrêt important du 23 octobre 2024 (chambre commerciale, n° 23-16.267), la Cour de cassation a jugé que le client piégé par un faux conseiller via le spoofing n’avait pas commis de négligence grave, et a confirmé son droit au remboursement (54 500 € dans cette affaire). La Cour a relevé que l’escroc avait mis sa victime en confiance par des manœuvres élaborées :

    – Numéro d’appel identique à son vrai conseiller bancaire,

    – La victime a été assurée par le faux conseiller bancaire que les opérations réalisées étaient sécurisées et aux fins de le protéger de l’arnaque.

    Deux principes essentiels à retenir :

    – La banque doit prouver la négligence grave de son client,

    – Le simple fait de s’être laissé tromper par une escroquerie bien montée ne suffit pas à caractérisée cette négligence.

    Un refus n’est pas la fin de la partie, loin de là. La jurisprudence récente est de votre côté, mais encore faut-il démontrer précisément que vous n’étiez pas en mesure de suspecter la fraude.

    Votre banque refuse de vous rembourser des sommes détournées ? Je vous accompagne pour analyser votre dossier, mettre votre banque en demeure et, si nécessaire, agir en justice pour obtenir le remboursement de vos fonds.

    La banque doit-elle toujours rembourser ? En principe oui, pour toute opération non autorisée. Elle ne peut refuser qu’en prouvant une négligence grave de votre part — et c’est à elle d’en apporter la preuve.

    Mais j’ai moi-même validé les virements : ai-je encore un recours ? Oui. La Cour de cassation a jugé que valider des opérations sous l’influence d’un faux conseiller habile ne constitue pas, en soi, une négligence grave. Tout dépend des circonstances.

    Quel délai pour réagir ? Signalez la fraude à votre banque immédiatement. Vous disposez légalement de 13 mois maximum après le débit pour la contester, mais agir vite est déterminant.

    Qu’est-ce que le RECALL ? C’est la procédure par laquelle votre banque demande le rappel des fonds versés sur le compte de l’escroc. Elle dépend toutefois de l’accord de la banque réceptrice.

    Dois-je porter plainte ? Oui, c’est vivement recommandé, en complément du signalement à votre banque. La plainte constitue un élément utile à votre dossier.

    Cet article a une vocation informative générale et ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation étant particulière, seul l’examen de votre dossier permet de vous conseiller utilement.

    1. Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP), Note statistique sur la fraude au 1er semestre 2025 (publiée le 27 janvier 2026) et Rapport annuel 2024 — Banque de France. La fraude par manipulation représente 32 % du montant total de la fraude et progresse de 37 % au S1 2025 par rapport au S1 2024. https://www.banque-france.fr/fr/strategie-monetaire/moyens-de-paiement/osmp/activites-osmp ↩︎